Par Jean-Marc Lacabe, Directeur de la Galerie le Château d’Eau

« Le travail de Dominique Delpoux s’inscrit dans le champ du portrait et se présente sous forme de diptyques. Toujours indissociables par nature, les deux instantanés sont présentés conjointement créant un dialogue révélant, par-delà la représentation du physique de la personne portraiturée, un certain état psychologique ou moral.
Dans une série ayant pour titre « double-je », les modèles posent d’abord sur leurs lieux de travail, dans la tenue et le cadre qui leur sont imposés par leur fonction, puis pour  la deuxième image, ils ont eu le choix de leur habillement et de l’environnement de la prise de vue. Le rapport entre les deux photographies soulève alors une dimension psychologique et sociale en posant la question de la représentation de soi.  Mais bien que les personnes photographiées aient vainement cherché à chaque moment à maîtriser leur apparence, le diptyque entrouvre une fenêtre sur des aspects de la personnalité de chacun. « Dominique Delpoux préfère les gens aux faits. Il en expose la dualité singulière et la singularité plurielle. Au cœur de son travail nichent toujours une identité et sa vérité » souligne Mathilde Annaud.
Pour ses séries sur le rugby, ce sont d’autres notions, touchant les états physique et émotionnel qui sont à l’œuvre. Il photographia (entre 2007 et 2009) les joueurs du Stade Toulousains et l’équipe féminine de Saint-Orens-de-Gameville. À l’instar de sa série «Les hommes du chantier» réalisée en 1997 et 1998, pour laquelle il avait photographié les ouvriers à l’embauche et à la débauche soulignant ainsi les effets d’une journée de labeur sur leurs visages et leur tenues, une première photographie est prise avant le match et la seconde à son issue, avant le retour au vestiaire. Le protocole de prise de vue est le même pour tous – plan moyen, de face dans le maillots ou le survêtement officiel de l’équipe. Dans les premières images, tous affichent l’assurance de ceux ou celles qui ont confiance en leur capacités, mais malgré l’uniformité induite par le mode opératoire, une manière de sourire, un regard ou une posture rend à chacun sa singularité. Dans les secondes, les visages et les corps sont marqués : coiffures défaites, cernes creusées, épidermes meurtris, voire légères blessures. Ces états de surfaces s’imposant au regard du spectateur n’estompent pas néanmoins les états intérieurs que les expressions dévoilent. En effet, si les efforts de la joute qui vient de se tenir déposent un masque de fatigue sur chacun et chacune, ils ne semblent pas agir sur les êtres de manière uniforme selon que l’on soit homme ou femme. Les photographies des joueurs donnent l’impression qu’ils sont toujours habités par le feu du gladiateur prêt à repartir au combat, tandis que celles des joueuses, au contraire, rayonnent d’une douce plénitude qui semble s’être emparée de leur corps.
Dans le passage d’une image à l’autre s’inscrit l’empreinte du temps et de l’effort. C’est que ainsi Dominique Delpoux, avec ces deux séries, sans pourtant en montrer les phases du jeu, traduit un sport et en dévoile les ressorts intimes de l’engagement de ses acteurs(trices). »